Quelle motivation développer ?

Ces dernières années, un grand pas a été franchi en pédagogie : la prise de conscience par l’ensemble des enseignants-formateurs que la MOTIVATION de l’élève-apprenant est un facteur essentiel dans les apprentissages. La motivation développe la curiosité, l’investissement personnel, le goût de l’effort, l’envie de réussir et de progresser.

motivation Laetitia Ferrari

En développement personnel, il existe deux types de motivation :

  •  la motivation intrinsèque : l’apprenant/l’élève n’est motivé que par sa satisfaction personnelle à la réussite d’un objectif. Il peut s’auto-congratuler (vade retro les concepts culpabilisants qui reprochent toute auto-satisfaction et fierté de soi). Il peut également se récompenser lui-même (1/4 d’heure de jeux vidéo, une poignée de bonbons, une BD…). Cette motivation est durable mais ne se développe vraiment qu’à partir de 12 ans.
  • la motivation extrinsèque : l’apprenant n’est motivé que par des récompenses extérieures (notes, félicitations et cadeaux de l’entourage). Cette motivation n’est que de courte durée, n’enseigne pas à l’apprenant la curiosité intellectuelle pour ce qu’elle est, l’envie de se dépasser soi-même pour soi-même et développe l’individualisme et la concurrence/compétition souvent à l’origine de moqueries ou d’égo surdimensionnés. Il n’y a qu’un pas vers la rébellion, l'(auto)sabotage, la perte de confiance en soi et le manque d’estime de soi, s’accompagnant de découragement, de lâcher-prise voire d’échec et de phobie scolaire. A savoir : les enfants jusqu’à 12 ans travaillent pour faire plaisir à leurs parents ou à leur maitre/maitresse. Là, rien d’alarmant : c’est le développement naturel du cerveau.

 

En conséquence, quelles pratiques favorisant la motivation extrinsèque à bannir ?

  • utiliser un système d’évaluation ne donnant qu’un résultat (chiffré ou non) sans prendre en compte ni les progrès ni la démarche
  • hiérarchiser les notes et les annoncer à haute voix en classe
  • faire des commentaires gratifiants ou dévalorisants à la remise des résultats (notes, bulletins…)
  • annoncer la moyenne de classe, la note la plus faible et la note la plus élevée
  • comparer (ouvertement ou pas) les élèves, les fratries et les classes
  • attribuer une note à chaque travail fourni
  • mettre en place les ilots bonifiés de Marie Rivoire (qui renforcent une concurrence malsaine) : lire cet article explicite Le « système des ilots bonifiés », de fausses bonnes solutions
  • utiliser les sites pédagogiques vantant un développement personnel enthousiaste de l’élève ou une motivation positive : classdojo, class123, pour ne citer qu’eux (et qui par ailleurs s’appuient également sur des neuromythes)
  • certains jeux-cadres proposés par le non moins talentueux Thiagi dans ses formations et ses livres : « apprendre ensemble » qui fait appel à des tournois et des remises de jetons/points pour sélectionner l’équipe gagnante.

 

Alors, que faire pour développer une motivation intrinsèque ?

  • adopter une posture bienveillante ET exigeante (l’apprenant n’est pas dupe des compliments faux qui peuvent lui être adressés)
  • développer le goût de l’effort en fixant des objectifs réalisables : le pas à pas proposé par les ceintures de compétences
  • développer l’auto-évaluation en accompagnant l’apprenant dans sa démarche réflexive
  • utiliser des supports ludiques non compétitifs (la plupart des jeux-cadres Thiagi)
  • utiliser les outils numériques pour flashcards, cartes mentales, à condition que l’utilisation du support soit d’un coût cognitif quasi nul pour l’apprenant
  • organiser les activités en équipe (collaboration et coopération) : travailler en ilots ludifiés avec attribution de rôles prédéfinis à chacun
  • inciter à l’entraide (en ilots, en binôme, en électron libre qui parcourt la classe à la demande)
  • s’appuyer sur les neurosciences cognitives : l’oubli est sain et naturel, c’est à l’apprenant et à l’enseignant-formateur de développer des stratégies contre l’oubli.
  • s’appuyer sur les Talents de chaque élève pour le valoriser : dessinateur, poète, bricoleur, chanteur…

 

Quelques interrogations

  • Encore faudrait-il s’interroger sur l’objectif de la motivation : est-elle tournée vers le dispositif ou vers le savoir lui-même ?
  • Que penser des serious games qui favorisent les apprentissages mais ne développent aucune motivation intrinsèque ?

Avec leurs pistes de lecture :

  • Apprendre avec le numérique, mythes et réalités, de Franck AMADIEU et André TRICOT
  • Intervention d’André TRICOT (un peu longue) sur « quelques légendes urbaines à propos de l’innovation pédagogique » au Printemps de la Recherche en Education 2017

 

 

 

Laetitia Ferrari

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